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Château La Tour Carnet

Sujets de l'article : Maison forte

Selon l’histoire locale, le château médiéval du domaine viticole la Tour Carnet (groupe Bernard Magrez) serait  le plus vieux château médiéval du Médoc. Il est surtout aujourd’hui l’un de ceux qui ont fait l’objet des plus profondes restaurations. Connu sous le nom de château de Saint-Laurent, il daterait du XIe siècle.

Le château prend place aujourd’hui au milieu d’un vaste domaine viticole et reprend tous les attributs d’un château médiéval. Il fait face à un petit jardin à la française. Avec son système de douves, il a gardé une forme d’insularité. L’édifice adopte une architecture de château-donjon assez massif et sur un périmètre resserré. Son architecture est très proche de la Maison forte de Sémignan (Saint-Laurent-Médoc) et de la Tour de Bessan (Soussans). Ces fiefs étaient occupés par des vassaux de second ordre, ce qui devait être également le cas à la Tour Carnet.

Aujourd’hui l’ancienne maison forte donne du caractère à ce domaine viticole réputé. Sa restauration en fait un passage obligé de Saint-Laurent-Médoc.

L’origine du château en question

La datation des fiefs du Médoc est souvent assez compliquée puisqu’il ne subsiste que très peu de documents antérieurs au XIIe siècle. Il faut donc mettre en relation les hypothèses avec les éléments historiques disponibles. On peut donc noter une première notification de l’église Saint-Laurent en 1099 et sa transformation en paroisse en 1175 qui permettent de situer l’existence possible d’un fief. Dans plusieurs ouvrages, il est souvent considéré que la Forteresse de Castillon-Médoc, fondée entre le chute de l’Empire romain et le Xe siècle aurait été la première dans le Médoc. L’Abbé Baurein puis Léo Drouyn en étaient convaincus. Il est aujourd’hui assez imprudent d’affirmer que La Tour Carnet est le plus vieux château médiéval du Médoc, peut être le plus ancien en état. Le répertoire archéologique de la Gironde, tenu par la Société archéologique de Bordeaux positionne d’ailleurs l’origine du château au XIVe, ce qui est proche de la datation de la Maison Forte de Semignan. Dans le cas où la Tour Carnet était contemporaine de la Tour de Bessan dont elle adopte aussi l’architecture générale, la datation serait alors plus proche de 1288-89, période de construction de cet ouvrage.

Dans l’inventaire tenu par Leo Drouyn dans sa Guyenne Militaire, il est particulièrement surprenant de ne retrouver pour la commune de Saint-Laurent que la Maison Forte de Semignan. L’édifice situé sur le domaine actuel de la Tour Carnet a probablement été jugé postérieur à la période traitée ou tout simplement non significatif. L’érudition de l’historien et la systématisation de son travail semble aller dans le sens de l’analyse de l’Abbé Baurein. Pour autant comme, le confirment plusieurs chercheurs les inventaires menés successivement avant 1900 puis jusqu’aux années 60 ont souvent été trop restrictifs. L’ancienneté des sites fortifiés a souvent été minimisée faute d’avoir des vestiges visibles de ces époques passées.

Les forteresses de Guyenne connaissent leur heure de gloire au cours d’une grande période de prospérité. Elle s’étend pendant l’occupation anglaise entre 1250 environ et 1330. Nombre d’entre elles sont construites, restaurées ou améliorées. Nous pouvons donc aussi poser l’autre hypothèse, celle d’une (re)construction tardive plutôt vers le premier quart du XIVe siècle s’appuyant sur des vestiges plus anciens ruinés. Comme le souligne Jean-Bernard Marquette dans la revue Aquitania, la Tour de Carnet fait partie d’un ensemble de maisons noble fortifiées dont il n’y a quasiment plus de traces écrites de construction ou de travaux après 1337. Cela indique donc une plage probable assez large de construction de la Tour actuelle.

Il faut aussi noter une forme d’imprécision dans l’histoire du « château » qui profite à l’iconographie actuelle du domaine qui peut alors s’appuyer sur une tradition séculaire partie de l’époque médiévale et élevée aux sommets par les propriétaires actuels. Les précis récents ne parlent d’ailleurs plus de « Château » mais de « Maison noble » ce qui réduit nettement le rayonnement de la Tour Carnet à l’époque médiévale et la « légende » qui appuie le discours marketing du domaine.

Historique officiel du château

Selon Bernard Magrez, propriétaire actuel du domaine, la tour du Château La Tour Carnet daterait de 1111. Les données historiques proposées par le domaine indiquent que le château aurait été utilisé par les anglais au XIIe siècle. Au début du XVe siècle, les vins de son domaine sont très appréciés. Au siècle suivant de fief appartient aux comtes de Foix. En dépit de la capitulation d’un Bordeaux fidèle au roi d’Angleterre face aux armées du roi de France, Jean de Foix et son écuyer Carnet ne veulent pas céder. Ce dernier devenu exécuteur testamentaire de Jean de Foix (1486) restera fidèle au roi d’Angleterre. Il devra alors subir le siège du château. Ce dernier tombe sous l’armée menée par le comte de Dunois. Pris par les armées du roi de France, le château est en grande partie détruit.

Vers 1550, le château appartient à la Famille de Montaigne et passe successivement dans les mains de plusieurs propriétaires.
Dans le premier quart du XVIIIe siècle, le domaine profite de l’évolution qualitative du vin et privilégie la qualité sur la quantité. Sa renommée grandit. Charles de Luetkens, négociant aux Chartrons, a acheté le domaine avant la Révolution Française. Personnalité de nationalité étrangère, il va ainsi pouvoir être préservé des lois révolutionnaires. Au fil des années, la famille Luetkens va savoir valoriser ses vins pour aboutir au titre de grand cru classé lors de l’exposition universelle de 1855. Le domaine couvre alors 52ha.

Au début du XXe siècle, le domaine ne sera pas épargné par le phylloxera et va perdre de sa superbe. La famille Luetkens qui a cédé le château à des investisseurs, ne pourra rien contre la chute de la renommée du domaine.

Louis Lipschitz, armateur à Bordeaux, rachète le château en 1962. Il réalise des travaux importants de restauration du domaine, replante les parcelles abandonnées. En 1978 quand sa fille a repris la direction de la propriété, le domaine ne compte que 45ha cultivés.

Le domaine est repris en 1999 par Bernard Magrez qui entreprend une refonte importante du domaine et une restauration des chais et du bâti du château. Il hisse les vins de la Tour Carnet a un niveau supérieur. Le domaine couvre en 2019 132ha. Il est installé sur la seule butte argilo-calcaire du Médoc.

Conception et architecture

La maison forte est composé pour sa partie la plus ancienne d’une tour-donjon prenant place devant une cour entourée de bâtiments accolés à la muraille. Son architecture est relativement proche de la Maison Forte de Semignan et de la Tour de Bessan. Des douves dont le tracé est conservé sont de forme allongée.

Probablement entre le XVIIIe et le XIXe siècle, l’enceinte est transformée et surmontée d’une demeure bourgeoise qui donne au château son aspect massif. L’entrée du château qui s’effectue par un pont levis (encore en place) s’ouvre dès lors sur l’entrée de ce nouveau bâtiment. A l’origine on pénétrait directement dans une cour ouverte.

Bibliographie

  1. Variétés bordeloises (1784-86) par Jacques Baurein, Feret & Fils libraires éditeurs.
  2. Guienne Militaire, Leo Drouyn
  3. Répertoire archéologique de la Gironde, Canton de Saint-Laurent, Société archéologique de la Gironde Tome XXII 1er fascicule (1897), p145
  4. Habitats fortifiés en Bordelais, Bazadais, pays landais: état de la recherche, Aquitania supplément 4, 1990, Jean-Bernard Marquette
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Auteur de l’article : La rédaction

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