Château Fort de Castillon (Tour de Castillon)

Position : 45° 21 2" N -0° 48 35" W

 

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Thèmes : Château Fort | Médoc

 

Le fief de Castillon constitue le seul vicomté du Médoc. Fondé approximativement au IXe siècle, ce fief militaire ne conserve aujourd’hui comme témoignage qu’une tour ruinée devant un beau panorama sur l’estuaire de la Gironde. Ce qui fur probablement l’un des premiers château fort d’Aquitaine construit en pierre cache encore aujourd’hui beaucoup de mystères.

Présentation

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Construit sur un promontoire naturel, connu dès l’époque gallo-romaine, la forteresse de Castillon comprenait une « bonne ville » abritée par les remparts. A son heure de gloire la vicomté s’étendait sur un vaste périmètre de Saint Christophe de Castillon, à Saint-Yzans en passant par Saint-Martin de Couquèques.

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Aujourd’hui il ne reste que quelques rares vestiges et ruines. (Repère N sur le relevé de Leo Drouyn)

Même si la forteresse sera finalement assez rapidement ruinée, elle restera jusqu’au XIXe siècle une position de choix pour surveiller l’estuaire. Aujourd’hui une grande partie des vestiges est enfoui sous la végétation et son domaine est occupé par un domaine viticole. Le principal vestige reste la tour qui fait face à l’estuaire utilisée depuis le XVIIIe siècle en pigeonnier.

Historique

L’Abbé Baurein, une figure bordelaise, a estimé dans ses Variétés bordeloises que la fondation de ce fief militaire remonterait au IXe siècle, époque du saccage du bordelais par les envahisseurs normands (848).Pour autant comme le souligne Leo Drouyn, de la société archéologique de Bordeaux, la fondation de la forteresse doit probablement remonter à des temps antérieurs datés entre la chute de l’Empire romain et les premières invasions barbares. Les fondateurs de la forteresse pourraient même être des assaillant voulant se donner un point d’appui.

Tenu par les vicaires du roi, le fief est devenu par la force une vicomté mené par l’hérédité de ses seigneurs. On ne sait pas vraiment à quelle époque le château fut construit, mais il existait déjà durant le haut Moyen-Age (avant l’an 1000). Un château de pierre devait déjà être présent, alors que les forteresses étaient généralement construite de bois à cette époque. Il faut attendre une missive du 3 mai 1242 d’Henri III à destination de Pons de Castillon  pour avoir une trace formelle de la forteresse. A ce jour faute d’avoir des écrit qui donnent une date précise, on ne connait pas avec certitude la date de sa fondation. Ses seigneurs, les « Castillon » tireraient leur nom du lieu autre assertion qui tend à démontrer une origine plus ancienne de la position défensive.

Derrière ses remparts, la forteresse va abriter une « bonne ville » à savoir une cité bénéficiant d’une relation privilégiée avec le roi.  Pendant me Moyen-Age, Castillon était le seul port d’embarquement du vin pour l’Angleterre du Médoc, et le seul avec Bordeaux de Guyenne. La forteresse était le point de départ de « los camins castillonès », ces chemins qui desservaient le points névralgiques du Médoc vers Castillon.

Le commerce du vin fit de Castillon une place forte puissante menée par des Seigneurs influents. Au XIIIe siècle, la vicomté dirigée par les seigneurs de Pons s’étend jusqu’aux baronnies de Castelnau, de Lamarque et de Saint-Lambert et comprend les  fiefs de Mouton, à Pauillac, de Bruch, de Rivière et de Peyrusse. En 1243, Castillon-en-Médoc est l’une des places fortes les plus puissantes de Guyenne. Face à un pouvoir excessif de Simon de Monfort, gouverneur de Guyenne, le seigneur de Castillon s’y opposa avec d’autres barons. La forteresse sera alors le point de repli des seigneurs rebelles ce qui lui dut un siège en 1251. Elle résista.

Ayant rejoint la couronne d’Angleterre, Gaucem de Castillon confirme en 1274, sa dévotion au roi d’Angleterre.

Vers 1420, la vicomté s’agrandit des fiefs de La Motte et de Gondrin avec le mariage entre Bourguine de Castillon et Bernard de Pardaillan, vinrent s’adjoindre les fiefs de La Motte et de Gondrin. Des suites de cette alliance la Maison de Pardaillan succéde à la  Maison de Pons dans les décennies qui suivent (attesté en 1454). Le XVe siècle est celui des procès. Ils opposent les seigneurs de Castillon à d’autres seigneurs du Médoc.  On notera notamment au milieu de ce siècle la long procès entre les Castillon et les Foix-Cancale.  Le roi confirmera en 1447 la possession du fief de Castillon à Jean de Foix.

En 1453, les dernières troupes anglaise battues à Castillon-sur-Dordogne et qui ont donné leur reddition au Château de Pressac,  auraient embarqué depuis le port de la forteresse de Castillon-de-Médoc, dernière possession anglaise d’Aquitaine.

Sous le règne de Louis XII (14981515), Odet Deydie de Lescun, Comte de Comminges, devient propriétaire du domaine. Il est possible que cette possession remonte à 1482. Sa famille le restera jusqu’à la fin du XVIe siècle jusqu’aux noces de Antoine Deydie avec Jeanne de Montaine (11 mars 1589).

Epargnée jusque là, la forteresse est assiégée une première fois en 1569 mais résiste à l’assaut naval de 3000 huguenots. La forteresse est partiellement démantelée en 1585 et est prise en 1593 par les Huguenots. L’amiral de Gourgues libèrera la forteresse. Par ordonnance de 1615, le roi Louis XIII demande la destruction de la forteresse. Le château est confié au sieur de Franc jusqu’à l’achèvement de son démentellement  (source Chronique bordelaise).

Alors que Richelieu assiège La Rochelle pour faire plier les protestants, la place est prise par Benjamin de Rohan, duc de Soubise. Bien que dominateur sur les mers de Nantes à Bordeaux, il ne peut résister à Jean de Saint-Bonnet de Toiras qui le mets en déroute à Castillon-en-Médoc (1625).

Lors de la Fronde de Bordeaux la forteresse est prise par les Espagnols en 1653 puis reprise par la flotte du Maréchal d’Estrades.

Après la révolution, seule la tour carrée est en état et est encore utilisée pour repousser les incursions par le fleuve. Dans la carte de Cassini du XVIIIe siècle, le château de Castillon est encore signalé. A cette époque on installe sur le promontoire de la motte castrale une batterie d’artillerie protégeant le fleuve  (vers 1750, d’après J. Barthou)

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Architecture et configuration

La veine calcaire particulièrement renommée à Couquèques pour ses affleurements de fossiles, court aussi  à l’emplacement du château. La disponibilité d’un matériaux solide dans un périmètre  vaseux et sabloneux permis aux seigneurs d’élever dès le début du Xe, un château en pierre. Pour autant, les recherches menées au XIXe siècle semble attester qu’une première étape de construction eut lieu avant sous la forme d’une motte entourée de fossé, ré-haussée du remblai de ces derniers. Les fossés furent dès le début alimentés par les ruisseaux environnant assurant une mise en eau constante.

La forteresse de Castillon figure en bonne place des cartes du Médoc. Dès le XIVe siècle, la forteresse est entourée d’une ville, comme l’attestent de nombreux écrits.

Carte de 1545

Carte de 1545

Sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, Castillon possède alors un port (aujourd’hui comblé) qui permet de recevoir les pèlerins venant la Saintonge. De là, ils continuaient leur périple soit en direction de la région bordelaise ou en suivant le chemin de la côte qui passe encore aujourd’hui par les rives du lac d’Hourtin.

Leo Drouyn, dans la Guienne Militaire, édite un relevé de terrain qui décrit la configuration des lieux.

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A : Monticule rocheux. B à B : fossé de 8 à 10m de profondeur. F :Tour. F à G : courtine. I à H : reste de construction. K : seconde cour. L : fossé extérieur. M : vallum entourant le fossé extérieur. N : tour reliée à deux courtines (il ne subsiste aujourd’hui que la tour). O : vaste cour carrée. P : bâtiment au sommet de la motte.

Bibliographie

Variétés bordeloises (1784-86) par Jacques Baurein, Feret & Fils libraires éditeurs.

Guienne Militaire, Leo Drouyn

Archives de la société archéologique de Bordeaux, J. Barthou.

Château Tour de Castillon, http://vignoblespeyruse.com/au-fil-de-l-histoire/


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