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Réseau radar allemand de la vallée du Rhône

L’occupation allemande ne se traduit pas que par les traces du mur de l’atlantique. Sur tout le territoire français, l’occupant a construit un maillage de camps et de stations diverses pour couvrir et sécuriser le territoire. A l’inverse des bunkers encore visibles du Mur de l’Atlantique, de nombreux vestiges sont méconnus et ont été submergés par la végétation. Dans la vallée du Rhône, il subsiste de nombreux éléments du réseau de stations de radiodétection construit à partir de 1943 pour surveiller l’espace aérien autour du Rhône.

Ligne Hammhuber à Auderville

Le contexte

Contrairement aux anglais, le développement et la construction de station radar par l’Allemagne est plutôt tardive dans la seconde guerre mondiale. Alors que les anglais avaient pu détecter les raids allemands sur Londres dès l’automne 1940 grâce au dispositif « Chain Home » composé de 18 stations de radiodétection,  la mise en place d’un tel dispositif côté allemand n’arrivera qu’après le raid de Cologne du 30 au 31 mai 1942. L’Allemagne qui dispose déjà de radars depuis 1939, déploie à grande échelle ses premières stations durant les mois de juillet/août 1942 qui vont couvrir principalement les côtes allant de la Norvège au Pays Basque français.

Mais ce réseau ne va pas s’avérer suffisant pour protéger l’Allemagne et très rapidement une seconde ligne est construite entre le Danemark et la Suisse sous l’impulsion du général Kammhuber, chargé de l’aviation de chasse de nuit. Ce dispositif est nommé « Chaîne Kammhuber » et doit mieux détecter les raids britanniques. Cette chaîne composée de radars Freya et Wurzburg Riese est protégée par de batteries Flak antiaériennes et des escadrilles de chasse. Le maillage permet d’assurer une continuité de détection, chaque radar ayant une portée variant de 40 à 120km.

Avec les défaites en Afrique du Nord et le repli des forces allemandes d’Afrique du Nord (mai 1943), le danger peut également venir du sud. Les forces allemandes entreprennent la construction d’une troisième ligne de radiodétection orientée vers le sud. Elle va assurer la continuité avec celle qui part du Danemark.

Réseau radar de la vallée du Rhône

Face au danger de raids venant d’Afrique, le commandement allemand songe à y apporter une réponse. Le bombardement des bases d’Istres et de Salon, le 17 août 1943, va accélérer le déploiement de ce réseau de détection qui prolonge sa seconde ligne en place depuis le Danemark. L’Allemagne déploie ainsi autour des vallées de la Saône et du Rhône des stations de repérage se couvrant mutuellement pour en assurer la continuité.

Ce réseau sera identifié par des noms de code associés à des noms d’oiseau, de fleur ou d’insecte et dont la première lettre est celle de la ville ou village du PC local.

Ces stations adoptent un plan standardisé avec un nombre de bâtiments similaire. La construction est confié à des entreprises locales et en relation avec les administrations françaises (compagnie d’électricité, PTT,…). Le matériel technique est installé directement par des équipes venues d’Allemagne.

Chaque station comprend :

  • Un transformateur de courant relié au réseau électrique local et à un ou plusieurs groupes électrogènes
  • Des baraquements en partie en construction légère pour le personnel comprenant des cuisines, des logements, des locaux techniques et de stockage
  • Un Poste de commandement
  • Une réserve d’eau

Elle regroupe en général une centaine d’hommes pour en assurer la sécurité et le fonctionnement.

La station est prévue pour quatre ou cinq radars soit :

  • deux ou trois radar Freya, pour une détection à longue distance (160m) et la détermination de l’altitude de vol. Ils sont situés dans des encuvements de forme circulaire dans lequel est placé la cabine contenant l’appareillage.
  • deux radars Wurzburg Reise, pour déterminer à plus courte portée (entre 40 et 80km) la distance, l’altitude et le cap. Ces radar permette également d’orienter les avions de chasse vers les escadrilles ennemies. Grâce à une rotation sur 360°, il permettent de couvrir un périmètre circulaire. On peut encore voir un radar de ce type au Musée du Radar à Douvres-la-delivrande dans le Calvados. Ces radars sont fixés sur un socle de 3,5m de diamètres

Ces stations auraient été coordonnées par deux centre opérationnels régionaux par liaison téléphonique :

  • à Saint-Priest pour le secteur Rhône-Alpes
  • à Aix-en-Provence à la Villa Mignet où se situe actuellement le Centre Régional de la Navigation Aérienne Sud

Dans les faits, stations recevant des radars Freya seront peu nombreuses.

Implantations en Rhône-Alpes

C’est dans la région Rhône-Alpes qu’on retrouve le plus de vestiges de cette ligne de radiodétection. La présence des blocs support en béton permet de confirmer l’implantation de la station sans pour autant confirmer son déploiement opérationnel. En général, ces stations mises en place durant la seconde partie de 1943 ont été démantelées lors de la retraite allemande après le débarquement en Normandie (vers juin 1944).

Les principales stations sont les suivantes :

Département du Rhône :

  • Bernhardiner (code 342). Située au Col des Ecorbans à Ranchal (Rhône). Equipé de deux radars Wurzburg Riese, elle est construite courant 1943 avant d’êre abandonnée en juin 1944. Elle est sous la direction de la 17èmeCompagnie du Flugmelde-Leit Kompanie 51

Département de la Loire

  • Falter (code 344). situé à Chazelles sur Lyon (Loire). Elle est équipée de deux radars de détection Freya, d’une porté de 300 kilomètres dès avril 1943. Elle est sous la direction la 15e C ompagnie du 203e Régiment de détection de laLuftwaffe comprenant sur site jusqu’à 500 hommes. La station sera détruite entre les 20 et 21 août 1944 par les allemand lors de leur retraite. La station est déployée dans deux hameaux  :
    • Hameau de la Mornandière : radar Jagdschloss utilisée pour le guidage des batteries antiaériennes (Flak)
    • Hameau de la Quinardière : deux radars de précision Wurzburg Fumg65
  • Leguan (code 343). Située à Décines, au quartier du Mollard. devait accueillir deux radars Wurzburg Riese. La station ne sera jamais opérationnelle.

Département de l’Ardèche

  • Tapir (code 346). situé à Devesset, à proximité de Saint Agrève. Cette station qui était prévue pour recevoir deux  Wurzburg Riese ne rentrera jamais en conditions opérationnelles. Les travaux débuté pendant l’été 1943 seront abandonnés en 1944 en raison des difficultés dues au terrain et au climat du plateau
  • Alligator (code 348). Construit à proximité de Bourg-Saint-Andéol entre Bidon et Saint Remèze, cette station est l’une des plus grandes prévues en Rhône-Alpes et l’une des plus célèbre. Elle figure en bonne place dans la carte allemande de 1943 des implantations en France. Prévue pour deux  Wurzburg Reise et trois radars Freya, ses travaux débutent là aussi entre juillet et août 1943 mais pas sur le site même, à proximité de Lagorce, avant d’être délocalisé sur le site actuel pendant l’automne 1943. La station est protégé par des champs de mines et un large périmètre de sécurité. La route qui traverse le site est neutralisée. La protection aérienne est assurée par des matériels d’origine française Flack 2,5cm Flak (Hotchkiss 38). Les travaux vont durer plus longtemps que prévu et la station ne sera rendu opérationelle peu de temps avant le débarquement allié en Normandie. Elle ne sera en fonctionnement que durant quelques jours. Après un premier assaut des résistants français le 16 août 1944, les installations seront en partie dynamitées par les allemands le 20 août 1944. Ce secteur sera repris par l’armée de l’air dès 1947 (Alligator II). Elle y installera à proximité un radar mobile (1957). La station sera retirée en mai 1959. Aujourd’hui sur le site se mélangent vestiges allemands et bâtiments plus récents.

Départements de l’Isère et de la Drôme

  • Basilisk (code 345). situé  sur le plateau de Chambarrand (limite Isère/Drôme). Elle devait recevoir deux radars Wurzburg Riese. Elle ne sera jamais opérationnelle
  • Mungo (code 347). situé au sud de Crest. Elle devait recevoir deux radars Wurzburg Riese. Elle ne sera jamais opérationnelle

Les sites aujourd’hui

La majorité des sites ont été oubliés et leurs vestiges perdu ou détruits. Les sites Alligator et Bernhardiner sont encore largement accessibles, le premier ayant été réutilisé après guerre.

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Auteur de l’article : admin