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Mur de l’Atlantique (Atlantikwall)

Le mur de l’Atlantique (Atlantikwall en allemand) est la dernière fortification moderne d’une telle ampleur. Ce système défensif est un ensemble de fortifications côtières construit pendant la Seconde Guerre mondiale par l’Allemagne nazie le long de la côte occidentale de l’Europe. Créé pour empêcher toute invasion depuis le Grande Bretagne il s’étend de la frontière franco-espagnole aux côtes hollandaises de la mer du Nord.

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L’image du mur est galvaudée. Le dispositif déployé est en réalité une suite discontinue de positions pouvant être séparées de quelques centaines de mètres à des dizaines de kilomètres dans les secteurs les moins denses. Ces positions sont associées à  de nombreux dispositifs complémentaires construits dans les terres : contrôle d’accès à la bande côtière,  lieux de commandement, approvisionnement et stockage, bases stratégiques, usines, dombunker pour canons sur chemin de fer, bases pour sous-marin ou batteries.

Sur les côtes françaises de nombreux ouvrages subsistent même si nombreux   ont fini dans la mer avec le recul des plages ou l’écroulement des falaises.

Sur la partie le plus au Nord (entre le Cotentin et le Pas-de-Calais), le dispositif le plus dense sera déployé. Mais le Mur de l’Atlantique va souffrir autant de sa discontinuité que de l’éparpillement des forces. Il se montrera particulièrement vulnérable.

Mais l’échec du mur de l’Atlantique face au débarquement allié s’inscrira dans ses fondements stratégiques . On peut parler d’un véritable « Syndrome du Mur de l’Atlantique ». L’absence d’un commandement unifié et des positions commandées de façon différenciée par les trois corps d’armée  (Armées de terre, la Marine et armée de l’Air) et des défauts d’approvisionnement (2 ou 4 heures de munitions là où il est prévu de pouvoir tenir 24 à 48h) auront été ses plus grande faiblesses. Malgré une construction millimétrée, des positions se couvrant mutuellement, l’incapacité de mobiliser et de déployer des troupes adaptées sous son seul commandement coûteront cher au Maréchal Rommel. Le stratège se retrouvera face une incapacité d’agir en juin 1944. Une fois la brèche ouverte, la défaite fut inévitable.

Mais réduire l’échec du mur à ces deux faits, c’est oublier que dès le départ ce chantier s’est montré irréalisable dans les temps et inadapté, dans sa conception, à un débarquement en dehors d’un port majeur. Les positions de valeur inégale, un déploiement du maximum de force sur un axe Dunkerque-Le Havre et une stratégie orientée sur les ports n’aura pas pesé lourd face au déploiement des forces alliées lors du débarquement du 6 juin 1944. L’effet de surprise et une stratégie alliée incompatible avec les plans d’Hitler auront été la principale cause de l’échec allemand, mêmes raisons qui avaient conduit à l’échec de la Ligne Maginot lors de la Blitzkrieg de 1940.

Impact stratégique du Mur de l’Atlantique

La majorité des historiens sont d’accord sur un fait. Si ponctuellement, lors de l’opération de débarquement, les positions du Mur de l’Atlantique du Cotentin ne purent résister au mieux que quelques jours, l’effet de cet ouvrage fut avant tout politique et stratégique. Le déploiement de forces considérables autour de Calais entre Dunkerque et Le Havre conduisit les alliés à adopter une opération plus compliquée à mettre en place. La présente du Mur eut pour effet de reconsidérer la quantité de forces et de moyens à déployer lors de l’opération amphibie. la présence du Mur de l’Atlantique a imposé un retard dans le temps et des contraintes opérationnelles plus importantes (ports mobiles, approvisionnement, …) pour les alliés.

La propagande allemande s’est appuyée sur l’image d’une ligne infranchissable et robuste pour appuyer sa stratégie militaire et conduire les alliés à réviser ses choix.

L’échec est donc avant tout militaire. Le retard du débarquement permit à l’Allemagne nazie de gagner un peu de temps sur le déploiement de ses armes secrètes même s’il ne fut jamais abouti.

Déploiement en France

Le déploiement du Mur de l’Atlantique s’inscrit dans un mouvement initié vers 1930 qui redonne aux fortifications un intérêt stratégique et militaire. La construction de la Ligne Maginot en 1938 puis du Mur de l’Ouest (Westwall, Ligne Siegfried) en Allemagne seront les signes avant coureur de celle du Mur de l’Atlantique (Atlantikwall).

Au printemps 1942, l’organisation Todt lance la construction d’ouvrages sur 5000km de côtes sur un rythme infernal exploitant une main d’oeuvre gratuite de prisonniers et de personnes déportées. Traités comme de véritables esclaves, ils vont contribuer à l’a construction de l’équivalent en béton d’un barrage hydroélectrique toutes les trois semaines (Source : Le Mur de l’Atlantique, Rémy Desquesnes). Le dispositif prévoir la construction de vingt casemates par kilomètre linéaire de côte.

La force de l’organisation Todt est d’avoir imposé un dispositif standardisé à outrance pouvant être déployé en parallèle sur tous les sites des côtes atlantiques. Chaque bloc disposait d’une attribution bien définie et contribuait à l’efficacité opérationnelle (observation, contrôle de tir, radio détection, stockage, logement,…). De nombreux éléments étaient préfabriqués et installés sur place suivant des procédures bien définies. Le Mur de l’Atlantique s’il est encore aujourd’hui le symbole de l’horreur de la déportation et de la collaboration fut sur certains points un exemple d’ordonnancement de travaux.

En 1940, sur le pur plan technique le Mur de l’Atlantique est le témoin d’une avant-garde technologique tant dans la conception des structures que dans la mise en oeuvre des moyens optiques, électriques ou de détection radar. Le vocabulaire technique est vaste : résistance des matériaux, longueur d’onde , brouillage électronique, …

En France, en 1939, au moment de l’entrée de la France en guerre, les infrastructures côtières sont pour beaucoup totalement dépassées et nombre d’entre elles sont dé-commissionnées. De nombreux ouvrages datent encore du XVIIe siècle ou de l’époque napoléonienne et utilisent une artillerie dépassée. Seules les bases navales ont été tenues au goût du jour et disposent d’un arsenal moderne (le Havre, Brest, …). En 1940, la Marine française note dans une circulaire que faute de moyens, elle doit  réduire le nombre de ses batteries de côte.  Après l’armistice de juin 1940, l’armée allemande met la main sur toutes les installation côtières françaises la menace étant désormais l’Angleterre.

Très rapidement, l’armée allemande récupère le matériel de la ligne Maginot (canons, groupes électrogènes, groupe de filtrage, mobilier, …) et le déploie dans les infrastructure côtières déjà en place. En novembre 1942, le dispositif sera étendu sur les côtes de la méditerranée après le débarquement allié en Afrique du Nord (Sudwall).

La décision d’Hitler, Weisung du 14 décembre 1941, est l’acte fondateur du Mur de l’Atlantique. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre, la menace d’un débarquement dans le nord de la France est plus que jamais d’actualité. La première priorité est d’édifier des ouvrages entre Anvers et le Havre (Estuaire de la Seine), zone de déploiement des bases de Sous-marins nazies. Le déploiement devait suivre depuis la Normandie vers la Bretagne et au nord  jusqu’au Jutland. Le déploiement du mur en 1941 est avant tout dissuasif, la perspective d’un débarquement restant alors plus que théorique. La tournure de la guerre lors de l’hiver 1941/42 avec les nombreux raids britanniques sur la Norvège et les difficultés sur le front russe vont faire accélérer le déploiement des fortifications pour palier au redéploiements des forces sur les fronts actifs. Une nouvelle directive de dictateur du 23 mars 1942 tend à vouloir accélérer l’unification du commandement et à mettre en ordre de marche la construction du « Mur » par l’organisation Todt. Le maréchal Von Rundstedt est nommé commandant suprême  et s’engage dans une longue inspection  du littoral. Seize secteurs sont particulièrement visés, jugés les plus sensibles. Douze sont situés en France.

En aout 1942, Hitler prend conscience, alors que ses armées piétinent en Russie, que la plus grande menace pèse désormais sur le front atlantique. L’organisation Todt est sommée de terminer pour le 1er mai 1943 les 15000 ouvrages prévus sur la côte. Sur le littoral normand et breton, ce sont 5000 ouvrages qui sont prévus, dont 2700 prévus dans une première tranche pour les secteurs les plus importants. AU début de l’été 1943, même si les objectifs d’Hitler ne sont pas réalisés, 8000 ouvrages sont déjà construit, dont 3000 dans les six derniers mois. Dans le secteur entre Dives et Escaut, près de 1200 pièces d’artillerie sont alors déployées. La propagande nazie présente le Mur de l’Atlantique en 1943 comme s’il était déjà totalement imprenable alors que presque tout est encore à faire. Pourtant, les bombardements alliés sur l’Allemagne on donné un coup de frein au rythme de construction imposé jusque là. Une partie des forces de production de redéployées en Allemagne notamment autour des centrales électriques de la Ruhr, touchées par les bombardements mais aussi pour la construction du SudWall et pour le déploiement des infrastructures pour le déploiement des « armes secrètes » (Sonderbauten). En octobre 1943, l’organisation Todt a réalisé la moitié du programme du Mur de l’Atlantique.

La nomination du Maréchal Rommel, le 5 novembre 1943, au poste d’inspecteur des fortifications côtières est la conséquence de la directive n°51 d’Hitler qui promet de déployer des moyens supplémentaire sur le Mur de l’Atlantique. La position de Rommel comme envoyé spécial du Fuhrer alors qu’il était hierarchiquement sous le Marechal Von Rundstedt sera une source de tensions supplémentaires. Sa nomination en suivant au commandement du groupe B (7e et 15e armées) attisera ces tensions, les deux hommes n’étant pas d’accord sur le positionnement des armées de réserve des Panzer. Seul face à Von Rundstedt et  von  Schweppenburg (groupe bindé Ouest), Rommel ne parviendra pas à les déployer au plus prêt des côtes étant persuadé que le succès viendrait par une victoire sur les plages (l’histoire lui donnera raison).

En savoir plus : Organisation Opérationnelle du Mur de l’Atlantique en France

Dès lors Rommel s’attache à parfaire un dispositif incomplet. Il fait déployer des dizaines de milliers d’obstacles sur les côtes, dont certains récupérés de la Ligne Maginot. Barrières, hérissons, tétraèdres de béton, etc.. sont mis en place sur les plages. Derrière les défenses de côte, il fait installer des champs de mines (Projet « une mine par mètre de côte ») et fait submerger les marais en ouvrant les écluses. Entre janvier et juin 1944, l’organisation Todt parvient à disposer de moyens supplémentaires et de nouvelles constructions sont déployées.

Les plus grandes zones portuaires sont érigées en forteresses. Sont concernés Dunkerque, Calais, Le Havre, Boulogne, Cherbourg, Saint-Malo, Brest, Lorient, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle-La Pallice et la pointe du Verdon au bout de l’estuaire de la Gironde. Elles bénéficient des plus grands moyens de l’organisation Todt en 1944. Même si les construction de son pas achevées dans certains secteurs, le Mur de l’Atlantique a reçu au printemps de nombreux renforts. De 38 divisions, les forces sont passée à 59 en juin 1944. L’artillerie compte 3000 pièces de plus de 7,5cm de calibre plus un attirail de mitrailleuses, flaks antiaériens et canons antichars. La faiblesse du mur de l’Atlantique allait être accrue faute d’une stratégie adaptée sur les autres fronts comme en Italie  (débarquement du 22 janvier 1944). Le Mur n’entre plus progressivement dans la stratégie militaire allemande et ce  sera confirmé le 18 août 1944 quand les forces allemandes reçurent l’ordre de repli vers le Reich.

Les sites sont répartis sur les côtes françaises entre les côtes belges et les côtes espagnoles. Le déploiement est visible sur la carte : « Cartographie du mur de l’Atlantique » (France)

 

Zones du Mur de l’Atlantique

Nord

Cotentin et Normandie

Le Cotentin et la Normandie est la zone du Mur de l’Atlantique sur les côtes françaises où le densité d’ouvrages défensifs est la plus importante. Des ouvrages importants sont bien préservés en dépit du feu continu qui leur a été infligé lors du débarquement. La batterie de Longues-sur-Mer est l’une des rares à avoir conservé ses canons.

Cette portion du Mur de l’Atlantique est aussi le lieu où on peut apprécié l’enfer que fut le débarquement. Les nombreux cimetières militaires en témoignent.

A voir :

Bretagne

La présence des arsenaux de Brest et de Lorient a conduit l’organisation Todt a déployer un arsenal important autour de la Bretagne. Outre les bases de sous-marin on retrouve nombre d’ouvrages encore accessibles, bien que, nombreux, ont subi de lourds bombardements.

A voir :

 

Poitou-Charentes

Les côtes Charentaises sont dotées depuis plusieurs siècles d’un ensemble défensif complexe. L’envahisseur allemand va exploiter l’ensemble de ses éléments pour y installer des postes défensifs, des stations radar et des zone de stockage d’armement.

Sur l’ïle d’Oléron, les allemands utiliseront tout l’espace jusqu’à la pointe de Chassiron pour y installer une station de repérage (radar) dans un vaste ensemble composant la Forteresse de la Pointe de Chassiron. Mais comme sur l’ensemble des côtes françaises, l’organisation TODT va exploiter des positions défensives existantes comme la Redoute de Rivedoux, le Fort du Martray, le Fort de Suzac à la Pointe de Suzac ou le Fort du Chay à Royan.

A voir :

Aquitaine

Le Mur de l’Atlantique touche à sa fin sur les côtes d’Aquitaine. Le Bassin d’Arcachon révèle un ensemble défensif complexe et vaste. Pour autant, le plus étonnant se trouve peu plus au nord. La Forteresse du Nord Médoc, un des plus vastes ensemble du Mur de l’Atlantique en dehors de la Normandie, résistera jusqu’au dernier jours de la guerre. A Bordeaux, si de nombreux éléments défensifs ont disparus, l’Organisation Todt a construit un monument indestructible, la Base sous-marine de Bordeaux.

Entre Montalivet et Contis il subsiste aujourd’hui environ une soixantaine de bunkers. Mais nombreux sont connu de peu de personnes, se trouvant souvent ensablés ou cachés par la végétation. L’un des sites les plus remarquables se situe à proximité de Soulac au lieu dit les Arros. Le Fort des Arros est un ensemble défensif relativement dense composé de 38 positions entre Soulac, l’estuaire de la Gironde et la Pointe de Grave. Il constituait un maillon important de la Forteresse du Nord Médoc avec ses 350 bunkers.

Si la densité de fortification faute de temps pour la construction est moins importante, on trouve des ouvrages importants jusqu’à Saint-Jean-de-Luz dont en particulier Socoa Ouest (Batterie et Poste de contrôle de tir).

A voir  :

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Auteur de l’article : admin

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